La perte de salaire liée à la grève est automatique : chaque heure ou chaque journée non travaillée donne lieu à une retenue sur votre paie, calculée différemment selon que vous êtes salarié du privé ou agent public. Ce manque à gagner peut réduire vos revenus d’un mois et donc modifier le montant de votre prime d’activité, de votre RSA ou de vos aides au logement. Voici comment la retenue est calculée, comment la déclarer à la CAF et quelles aides de la Caf existent pour passer le cap, avec les démarches à faire pour que vos droits soient recalculés sans erreur.

✔ Contenu vérifié par Séverine Burel, spécialiste des aides sociales.


Comment est calculée la retenue sur salaire en cas de grève ?

Cesser le travail pour défendre des revendications professionnelles est un droit en tant que salarié, mais le contrat de travail est alors suspendu : la rémunération diminue proportionnellement à la durée de la grève. La règle varie selon votre statut.

 

Salarié du privé : une retenue proportionnelle au temps non travaillé

Dans le secteur privé, l’employeur retient la part de salaire correspondant aux heures effectivement non travaillées. À titre d’illustration, pour un salarié à temps plein payé 2 000 € bruts par mois (151,67 heures), une absence de 7 heures représente une retenue d’environ 92 € bruts (2 000 × 7 ÷ 151,67).

Dans les bus, métros, tramways et trains, la rémunération est réduite en fonction de la durée non travaillée, compléments de salaire inclus, à l’exception des suppléments pour charges de famille (article L. 1324-11 du Code des transports).

 

Agent de l’État : le trentième indivisible

Pour les agents de l’État, une absence de service fait, même pour une fraction de journée, entraîne une retenue égale à un trentième de la rémunération mensuelle. Pour un traitement de 3 000 €, une journée de grève, même partielle, coûte donc 100 €. Les primes et indemnités liées au service accompli entrent dans l’assiette de la retenue, contrairement aux avantages familiaux et aux remboursements de frais.

 

Fonction publique territoriale ou hospitalière : une retenue proportionnelle

Dans les fonctions publiques territoriale et hospitalière, la retenue est proportionnelle à la durée de la cessation du travail, comme pour les salariés du privé. Le trentième indivisible ne concerne que les fonctionnaires de l’État, selon la direction générale de l’administration et de la fonction publique.

 

Week-ends, jours de repos, congés et primes

Lorsque la grève dure plusieurs jours, les jours de repos situés entre deux jours de grève peuvent être décomptés chez les agents de l’État : un agent en grève le vendredi et le lundi subit ainsi 4 trentièmes de retenue. Cette logique a aussi été retenue par la Cour de cassation (5 février 2025) pour une entreprise privée chargée d’un service public.

Autres points à connaître :

    • un jour de grève ne peut pas être « converti » en jour de congé ou de RTT ;
    • une prime d’assiduité peut être réduite, à condition que toutes les absences aient le même effet sur son attribution ;
    • aucune sanction ni mesure discriminatoire n’est permise du fait d’une grève exercée normalement.

 

Quand la retenue apparaît-elle sur la fiche de paie ?

Dans la fonction publique d’État, la retenue est en principe opérée le mois suivant la grève, au plus tard à la fin du deuxième mois qui suit le début du conflit. Dans le privé, elle figure généralement sur la paie du mois de grève ou du suivant, selon le calendrier de paie de l’entreprise : vérifiez la ligne d’absence sur votre bulletin.

La retenue réduit aussi la base sur laquelle votre impôt est prélevé : le taux reste celui fixé par l’administration, mais il s’applique à votre salaire du mois, donc le montant prélevé baisse légèrement. Pour comprendre ce mécanisme, consultez notre page sur le prélèvement à la source.

Séverine Burel

L’erreur à éviter selon SÉVERINE BUREL

“Ne comptez pas sur la Caf pour compenser une journée de grève : l’effet sur les prestations est lissé sur plusieurs mois et reste le plus souvent limité. Mieux vaut anticiper la baisse de paie dans votre budget du mois concerné.”

 

Perte de salaire liée à la grève : faut-il la déclarer à la CAF ?

Cette démarche concerne d’abord les foyers dont les prestations dépendent de leurs ressources : prime d’activité, RSA, aides au logement. Si vous n’en percevez aucune, vous n’avez rien à déclarer, mais une baisse de revenus peut parfois ouvrir un droit : une simulation de vos aides sociales permet de le vérifier.

 

Prime d’activité et RSA : la déclaration trimestrielle

Les bénéficiaires de la prime d’activité ou du RSA déclarent leurs ressources tous les trois mois (une seule déclaration suffit pour le RSA et la prime d’activité). Le calcul de la prime reprend le montant forfaitaire, la bonification et 59,85 % des revenus d’activité, moins les ressources du foyer, puis fait la moyenne des trois mois : c’est la règle de l’« effet figé ».

Concrètement, une baisse de salaire peut faire augmenter la prime d’activité, mais de moins que le montant retenu : la Caf ne compense qu’une partie de la perte, et le calcul est lissé sur le trimestre. Cette baisse peut aussi ouvrir un droit à un foyer qui n’y avait pas accès, en cas de grève longue ou répétée. Seule la Caf détermine votre droit : une simulation sur caf.fr donne une première estimation.

 

Aides au logement : un recalcul sur vos ressources récentes

Les aides au logement sont actualisées chaque trimestre selon vos ressources, calculées sur les 12 derniers mois glissants. Une seule retenue pèse donc très peu dans le calcul, mais une grève longue ou répétée peut, à terme, faire remonter votre droit.

 

Quel montant déclarer ?

Déclarez le montant net social de chaque bulletin, sur le mois où le salaire a été versé sur votre compte, et non sur le mois travaillé. Vous retrouvez ce montant sur votre bulletin ou sur mesdroitssociaux.gouv.fr. Tout changement de situation peut aussi être signalé immédiatement sur caf.fr, sans attendre la déclaration trimestrielle.

Séverine Burel

Le conseil de SÉVERINE BUREL

“Conservez le bulletin du mois de la retenue : le montant net social qui y figure doit correspondre à celui de votre déclaration. Si la Caf a prérempli un montant différent, corrigez-le et joignez le bulletin.”

 

Quelles aides en cas de perte de salaire liée à la grève ?

Il n’existe pas, à notre connaissance, de prestation nationale dédiée aux jours de grève. Plusieurs leviers permettent toutefois d’amortir le choc.

 

Faire recalculer vos prestations

Si la baisse de revenus dure ou se répète, vérifiez vos droits à la prime d’activité, au RSA ou aux aides au logement avec la simulation de votre espace Mon Compte, puis signalez votre nouvelle situation. Une baisse durable peut ouvrir un droit qui n’existait pas.

 

Demander une aide exceptionnelle ou locale

Si la baisse de paie met votre budget en difficulté (loyer, énergie), parlez-en rapidement au centre communal d’action sociale (CCAS) de votre commune ou à l’assistante sociale de votre secteur. Les aides locales sont facultatives et examinées au cas par cas : aucune n’est garantie.

 

Se renseigner auprès de son syndicat

Selon les cas, certains syndicats disposent de caisses de solidarité destinées aux grévistes. Leur existence et leurs conditions varient : renseignez-vous directement auprès de votre organisation.

 

Questions fréquentes sur la perte de salaire liée à la grève

Voici les réponses aux questions que se posent le plus souvent les grévistes sur leur paie et leurs prestations.

 

Un accord de fin de grève peut-il prévoir le paiement des jours non travaillés ?

Oui, c’est possible. Un accord, aussi appelé protocole de fin de grève, peut prévoir le paiement de tout ou partie du salaire des grévistes. Rien n’oblige toutefois l’employeur à l’accepter : tout dépend de la négociation. Si un accord existe, vérifiez qu’il apparaît bien sur votre bulletin de paie.

 

Peut-on être licencié pour avoir fait grève ?

Non, sauf faute lourde de votre part. Un licenciement prononcé pour l’exercice normal du droit de grève est nul de plein droit, et l’employeur ne peut prendre aucune mesure discriminatoire, notamment sur la rémunération. En cas de doute, rapprochez-vous de l’inspection du travail ou d’un représentant du personnel.

 

Comment la grève apparaît-elle sur le bulletin de paie ?

Dans le privé, aucune mention de la grève ne doit figurer sur le bulletin de paie : les heures non payées apparaissent sous l’intitulé « absence non rémunérée », selon le ministère du Travail. Comparez le nombre d’heures ou de jours retenus avec vos dates de participation, pour repérer une éventuelle erreur de décompte.

 

Peut-on contester une retenue de grève jugée trop élevée ?

Oui. Accepter son bulletin sans réserve ne fait pas perdre le droit d’en contester l’exactitude, dans un délai de trois ans. En cas de litige avec l’employeur, commencez par demander des explications à votre responsable ou à votre service gestionnaire.

En cas de blocage, saisissez le conseil de prud’hommes pour un salarié du privé, ou engagez un recours gracieux puis devant le tribunal administratif pour un agent public. Une retenue indue ouvre droit à remboursement, avec intérêts moratoires.


Crédit photo : © Xavier Lorenzo / Adobe


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