SOMMAIRE
CDI intérimaire (CDII) : de quoi parle-t-on ?
Selon l’Insee, qui s’appuie sur les estimations de la Dares, on dénombre environ 695 000 emplois intérimaires au deuxième trimestre 2026, un niveau en baisse de 1,4 % sur le trimestre. Ces travailleurs temporaires sont amenés à effectuer des missions auprès d’entreprises qui doivent faire face à l’absence d’un employé ou à une augmentation temporaire d’activité par exemple.
Le travail intérimaire se décline en missions auprès d’une entreprise qui cherche un salarié pour réaliser une tâche définie et temporaire. Il est bon de rappeler que le recours à l’intérim ne peut pas être utilisé pour remplacer dans la durée un emploi correspondant à une activité habituelle et permanente d’une entreprise. Le ministère du Travail précise que cette règle vaut aussi pour le CDI intérimaire.
Le recours à l’intérim est réglementé et, pour ce qui concerne les contrats à durée indéterminée de ce secteur, l’article L1251-58-1 et suivants du Code du travail posent le cadre de ces contrats. Enfin, c’est l’article 116 de la loi avenir professionnel du 5 septembre 2018 qui a rendu le dispositif du CDI intérimaire pérenne.
Le CDI intérimaire vise à sécuriser l’emploi des travailleurs temporaires et à leur apporter une couverture sociale plus complète. Le travailleur qui accède à un CDII n’est plus rémunéré à la mission dans une entreprise. Il devient salarié permanent d’une agence de travail temporaire. Ainsi, l’intérimaire perçoit chaque mois, qu’il soit en mission ou en intermission, un revenu. En contrepartie, il est soumis à des obligations pendant les périodes d’intermission.
Une des caractéristiques du CDI intérimaire est sa durée : le contrat ne comporte pas de durée maximale, comme le rappelle service-public.gouv.fr. Côté missions, France Travail indique qu’elles peuvent aller jusqu’à 36 mois, contre 18 mois en intérim classique.
À qui s’adresse le CDI intérimaire ?
Le CDII s’adresse à tout salarié intérimaire dans tout secteur d’activité, sans restriction d’âge ou de catégorie professionnelle. Cependant, ce contrat pérenne vise à proposer une solution la plus adaptée possible aux publics qui se trouvent en situation de fragilité.
Ainsi, ce contrat s’adresse principalement à :
- Des travailleurs en situation de handicap
- Des jeunes sans qualification
- Des seniors
- Des personnes présentant un niveau de qualification peu élevé et qui, de ce fait, se trouvent éloignées de l’emploi
Ce contrat de travail pérenne lie directement le travailleur et une entreprise de travail temporaire. Le travailleur intérimaire qui accepte un CDII devient salarié permanent de l’agence d’intérim.
Le salarié en CDII vit une succession de deux types de périodes :
- Un temps où il est en mission professionnelle dans une entreprise
- Une phase où il est en intermission, dans l’attente d’une proposition de mission ou d’une formation
Comment fonctionne le CDI intérimaire ?
Le fonctionnement du CDI intérimaire repose sur trois documents ou notions à bien distinguer : le contrat signé avec l’agence, la lettre de mission remise à chaque mission, et les règles applicables pendant les périodes d’intermission.
Un contrat écrit avec des mentions obligatoires
Le contrat est établi entre le travailleur intérimaire et l’agence de travail temporaire. Il doit être écrit et signé par les deux parties.
Il doit contenir les éléments obligatoires suivants :
- Les identités respectives de l’entreprise de travail temporaire et du salarié intérimaire
- La durée de travail, en particulier les conditions s’appliquant au travail de nuit
- Le périmètre géographique de réalisation des missions
- Une liste des emplois qui répondent au profil de qualification du salarié
- La notification des horaires pendant lesquels le salarié s’engage à rester joignable durant les périodes d’intermissions
- Le montant de la rémunération mensuelle minimale garantie
- La durée de la période d’essai, le cas échéant
- L’établissement d’une lettre de mission remise au salarié pour chaque mission à effectuer
La période d’essai n’est pas obligatoire, mais elle s’impose au salarié dès lors qu’elle est expressément prévue au contrat. Pour en comprendre les règles, consultez notre article sur la période d’essai en CDI.
La lettre de mission, remise à chaque nouvelle mission
La lettre de mission doit mentionner les éléments suivants :
- Le niveau de qualification et l’emploi concerné par la mission
- Le lieu d’exécution de la mission professionnelle
- Les dates de début et fin de la mission, ainsi que les conditions de modification ou de renouvellement de la mission
- La rémunération prévue
- Les horaires de travail
- Le motif de cet appel à mission (congé d’un salarié, augmentation provisoire de l’activité de l’entreprise…)
- Si besoin, les particularités du poste proposé
Cette lettre est transmise au salarié au plus tard dans les deux jours suivant le début de la mission. Contrairement au contrat de mission classique, elle ne peut pas prévoir de nouvelle période d’essai.
Quelles obligations pendant les périodes d’intermission ?
Entre deux missions, le salarié reste employé et rémunéré par l’agence, mais il ne dispose pas librement de son temps. Concrètement, le salarié en CDII doit :
- Rester joignable aux horaires précisés dans son contrat
- Rester disponible pour toute mission à réaliser
- Accepter les missions conformes à son contrat : emploi correspondant à ses qualifications, périmètre géographique prévu et rémunération horaire au moins égale à 70 % de celle de la mission précédente
Ces périodes peuvent aussi être mises à profit pour suivre une formation proposée par l’agence.
Important : les intermissions sont assimilées à du temps de travail effectif et comptent pour l’établissement de congés payés et pour l’ancienneté.
Comment obtenir un CDI intérimaire ?
C’est en général l’agence de travail temporaire qui propose le CDII. Le travailleur intérimaire peut tout à fait informer son agence d’intérim de son vœu d’accéder à un CDII. Avant de signer, il est utile de relire les clauses qui fixent le cadre de vos futures missions.
Salaire en CDI intérimaire : un minimum garanti chaque mois
Le CDI intérimaire apporte au salarié la garantie d’une rémunération mensuelle minimale. Cette assurance de percevoir des revenus chaque mois apporte ainsi une sécurité au salarié.
Ce salaire mensuel varie selon la situation du salarié intérimaire :
- En période de mission, le salarié intérimaire perçoit une rémunération sur la base du taux horaire appliqué pour un salarié de l’entreprise qui occupe le même poste avec une qualification identique. Comme pour tout salarié en France, la rémunération mensuelle ne peut être inférieure au SMIC, soit 1 867,02 € brut par mois (1 477,93 € net) depuis le 1er juin 2026 pour un temps plein, selon les montants du ministère du Travail.
- En intermission, la rémunération mensuelle minimale garantie prévue au contrat doit être au moins égale à 1 867,02 € brut pour un temps plein. Elle correspond au Smic multiplié par le nombre d’heures de la durée légale du mois, et elle est majorée pour les cadres, jusqu’à 125 % du Smic.
Pour rappel, l’intérimaire bénéficiant d’un CDI ne peut pas prétendre à une indemnité de fin de mission. Ses congés payés s’acquièrent comme pour tout salarié en CDI et peuvent être pris pendant les périodes d’intermission, selon les conditions définies dans le contrat.
Un exemple concret : le complément versé par l’agence
Prenons un salarié en CDII à temps plein dont le contrat fixe la garantie au niveau du Smic. Si, sur un mois, ses missions lui ont rapporté 1 400 € brut, l’agence doit compléter jusqu’à 1 867,02 € brut : le complément s’élève donc à 467,02 €. À l’inverse, si ses missions dépassent ce montant, il perçoit simplement la rémunération de ses missions. Il s’agit d’un exemple simplifié : le montant exact dépend de la garantie inscrite dans votre contrat.
CDI intérimaire ou intérim classique : ce qui change côté rémunération
La différence tient surtout à la façon dont le revenu est versé :
- En intérim classique, le salaire n’est versé que pendant les missions. À la fin de chaque mission, l’intérimaire perçoit une indemnité de fin de mission (en principe 10 % de la rémunération brute) ainsi qu’une indemnité compensatrice de congés payés.
- En CDI intérimaire, ces indemnités ne sont pas versées : en échange, le salarié perçoit une rémunération chaque mois, mission ou non, et prend ses congés payés en nature.
- Entre deux missions en intérim classique, aucune rémunération n’est due : selon sa situation, l’intérimaire peut alors prétendre à l’allocation chômage, comme nous l’expliquons dans notre article sur la fin de mission d’intérim et le chômage.
Avantages et inconvénients du CDI intérimaire au quotidien
Signer un CDI intérimaire change le quotidien dans les deux sens : il apporte de la sécurité, mais il impose aussi des contraintes que l’on ne retrouve pas en intérim classique.
Les avantages du CDI intérimaire
Signer un contrat à durée indéterminée intérimaire, c’est obtenir avant tout l‘assurance d’avoir chaque mois une rentrée d’argent. Or, que ce soit pour obtenir un prêt bancaire ou pour accéder à un logement, il est important de pouvoir justifier de revenus réguliers.
L’allongement possible des missions jusqu’à 36 mois apporte de la stabilité dans la vie personnelle, et le fait d’être en CDI contribue à une meilleure insertion sociale.
De plus, le salarié intérimaire est libéré de ses recherches de missions auprès de son entreprise de travail temporaire. C’est l’agence d’intérim qui se charge de coordonner les missions afin que les intérimaires passent le moins de temps possible en intermissions.
Enfin, le CDII reste un tremplin vers l’emploi durable : selon la Dares, environ 4 salariés sur 10 dont le CDII a pris fin au second semestre 2023 l’ont quitté par démission et ont signé un CDI classique dans les six mois suivants.
Les points de vigilance avant de signer
Le CDI intérimaire n’est pas adapté à tous les profils. Voici les contreparties à connaître :
- Une disponibilité permanente : même sans mission, vous devez rester joignable et prêt à partir
- Une liberté de refus limitée : les missions conformes à votre contrat doivent être acceptées
- Pas de prime de précarité : le revenu est plus régulier, mais il peut être inférieur à celui d’un intérim classique sur une année bien remplie
- Une mobilité encadrée : les missions se déroulent dans le périmètre géographique inscrit au contrat
Fin du CDI intérimaire : rupture, démission et chômage
Le CDI intérimaire peut être rompu selon les conditions habituelles de rupture du CDI, à l’initiative de l’agence ou du salarié : démission avec préavis, licenciement ou rupture conventionnelle. Pour le détail de chaque cas, consultez notre article sur la rupture du contrat de travail.
Chômage après un CDI intérimaire
Pendant les intermissions, vous restez salarié de l’agence et rémunéré par elle : l’accord de branche de 2013 prévoit que ces périodes ne sont pas prises en charge par France Travail.
Si le CDII prend fin par un licenciement ou une rupture conventionnelle, vous pouvez prétendre à l’allocation chômage à condition de remplir les critères d’affiliation, dont 130 jours (910 heures) travaillés sur les 24 derniers mois pour les moins de 55 ans, et de vous inscrire comme demandeur d’emploi dans les 12 mois suivant la fin du contrat (France Travail). Une démission n’ouvre en principe pas de droits, sauf cas de démission légitime. Retrouvez toutes les conditions dans notre article sur le droit au chômage.
Questions fréquentes sur le CDI intérimaire
Voici les réponses aux questions les plus souvent posées sur le CDI intérimaire, en complément des règles détaillées dans cet article.
Que se passe-t-il après 36 mois de mission en CDI intérimaire ?
Le CDI intérimaire lui-même n’a pas de durée maximale : seule la mission en cours prend fin. France Travail indique que les missions peuvent durer jusqu’à 36 mois, contre 18 mois en intérim classique. Votre contrat continue donc avec l’agence, qui peut vous proposer une nouvelle mission et doit, en attendant, vous verser la rémunération minimale garantie.
Peut-on refuser une mission en CDI intérimaire ?
Pas librement. Vous devez accepter les missions qui respectent votre contrat : emploi correspondant à vos qualifications, périmètre géographique prévu et rémunération horaire au moins égale à 70 % de celle de la mission précédente. En dehors de ces critères, vous n’êtes pas tenu d’accepter la mission. Relisez votre contrat pour connaître vos marges.
Que se passe-t-il s’il n’y a pas de mission à me proposer ?
Rien ne change côté contrat : l’absence de mission n’est pas une rupture. Vous restez salarié de l’agence et vous êtes payé au titre de la rémunération minimale garantie, tout en restant joignable aux horaires prévus. Vous pouvez aussi être orienté vers une formation, selon ce que prévoit votre contrat.
Puis-je quitter mon CDI intérimaire pour un CDI chez l’entreprise utilisatrice ?
Oui, la démission est un droit pour tout salarié en CDI, y compris en CDI intérimaire. Il faut simplement respecter le préavis applicable à votre situation. Si l’entreprise utilisatrice vous propose un poste en CDI, vous pouvez donc démissionner de l’agence pour le signer, sans accord préalable de celle-ci.
Un CDI intérimaire aide-t-il à obtenir un prêt ou un logement ?
C’est un atout, puisqu’il s’agit d’un CDI avec un revenu mensuel garanti, mais pas une garantie. Banques et bailleurs restent libres d’apprécier le dossier : ils tiennent compte de l’ancienneté, du salaire et de votre situation globale. Pensez à joindre vos bulletins de paie et le contrat pour montrer sa nature de CDI.

Rédactrice sur Aide-Sociale.fr depuis 2018, je mets au service du site une double expertise acquise comme professeure dans l’enseignement spécialisé et élue syndicaliste du personnel. Mon engagement auprès des personnes en situation de vulnérabilité m’a permis de comprendre de l’intérieur les difficultés d’accès aux droits sociaux. J’ai rédigé plus de 185 articles pour rendre les démarches administratives accessibles à tous.
Vous voulez partager votre expérience ?


