Qu’est-ce qu’un accident de trajet ? Quelle indemnisation ? Comment prouver votre bonne foi ? Que dit la loi ?

accident sur trajet domicile travailTout salarié peut être victime d’un accident sur le chemin qui le conduit au travail ou le ramène chez lui après avoir quitté son lieu de travail. Un accident peut aussi survenir sur le chemin de la cantine, du restaurant d’entreprise ou du lieu habituel de restauration : C’est la définition de l’accident de trajet.

Cependant, tout n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. Que recouvre exactement la notion de trajet entre le domicile du salarié et son lieu de travail, entre son lieu de travail et son lieu de restauration ?

Suffit-il de déclarer l’accident de trajet ou appartient-il au salarié de faire la preuve que les circonstances de son accident sont à même de qualifier ce dernier en accident de trajet ?

Comment votre accident de trajet sera-t-il pris en charge ? Comment serez-vous indemnisé ? Quel impact aura-t-il sur votre salaire ?

Ce sont toutes ces questions que nous allons aborder. Si vous voulez en savoir plus sur l’accident de trajet, continuez la lecture de cette page.





L’accident de trajet : définition et lieux pris en compte

Définir l’accident de trajet, c’est d’abord définir le trajet de son point de départ à son point d’arrivée. Cela peut concerner le fait de se rendre au travail, mais aussi les trajets effectués pour se rendre sur son lieu de restauration.

 

Pour un accident de trajet domicile-travail : De quoi s’agit-il ?

Par domicile, on entend lieu de résidence. Cela peut être votre résidence principale, votre résidence secondaire si vous séjournez de façon régulière ou tout autre lieu pourvu que ce soit un lieu habituel pour des raisons familiales.

Le trajet entre ces lieux doit être effectué à des heures compatibles avec vos horaires de travail en tenant compte de la durée du trajet et du moyen de transport utilisé. La notion d’accident de trajet ne sera pas retenue si l’accident se produit plusieurs heures avant ou après le travail.

De plus, ce trajet doit être aussi habituel que possible. Il peut cependant comporter des détours ou des interruptions à condition que ceux-ci répondent à des nécessités de la vie quotidienne comme déposer les enfants à l’école, faire des courses alimentaires ou se rendre à la station-service pour faire le plein d’essence.

Par ailleurs, ce trajet n’est pas forcément le plus direct s’il est motivé par un rendez-vous de covoiturage régulier.

Ainsi sera qualifié d’accident de trajet tout accident survenant à un horaire normal sur un itinéraire normal au regard du travail du salarié et de sa vie personnelle. On parle alors d’itinéraire protégé pour désigner le trajet au cours duquel un accident qui survient peut être considéré comme un accident de trajet. C’est une notion que retiennent les tribunaux lorsqu’ils doivent statuer sur le fait qu’un accident soit reconnu de trajet ou non.

Remarque : La très grande variété des situations dans lesquelles se produisent les accidents que les tribunaux doivent décréter de trajet ou non donne lieu à une jurisprudence très abondante. Les détours sont-ils autorisés ou non, les horaires sont-ils normaux ? En conséquence de quoi il est difficile, voire impossible, de dresser la liste complète des situations qui déterminent l’accident de trajet.

 

L’accident de trajet entre votre lieu de travail et votre lieu de restauration

Par lieu de restauration, on entend le restaurant, la cantine ou même le domicile du salarié. Pour être qualifié d’accident de trajet, plusieurs conditions sont nécessaires :

  • Il faut que l’accident se produise entre l’entreprise et le lieu où le salarié prend son repas
  • Il faut que le lieu de restauration soit habituel sans pour autant être obligatoirement le même chaque jour
  • Il faut que le salarié prenne son repas à l’intérieur des heures de travail, pendant la pause déjeuner par exemple

 

La différence entre l’accident de trajet et l’accident de travail

Il est important de bien différencier l’accident de trajet et l’accident de travail. Le Code du travail régit les accidents du travail, tandis que l’accident de trajet concerne le Code de la Sécurité Sociale (texte de loi).

L’accident de travail se distingue de l’accident de trajet, tel que nous venons de le définir, en ce qu’il survient là où le travail habituel s’accomplit, c’est à dire à l’intérieur de l’enceinte de l’entreprise (voir comment se déclare un accident de travail).

Important : Tout accident qui a lieu pendant un trajet alors que vous êtes en mission ou en formation est considéré comme un accident du travail. Le salarié bénéficie alors du dispositif et de l’indemnisation prévue en cas d’accident du travail (en savoir plus). De même que les accidents qui se produisent entre deux lieux de travail, du siège de l’entreprise à un chantier par exemple, sont toujours qualifiés d’accidents du travail.

 

Comment prouver votre accident en allant au travail ?

Si lors d’un trajet entre votre domicile et votre lieu de travail ou entre votre lieu de travail et votre lieu de restauration vous êtes victime d’un accident, il semble évident que vous êtes en situation d’accident de trajet. Pourtant le fait n’est pas si simple et vous pouvez devoir présenter des preuves.

En principe, le caractère professionnel de votre accident de trajet est reconnu sauf dans les 2 situations suivantes :

  • Votre employeur prouve que vous n’étiez pas sous son autorité au moment de l’accident
  • L’Assurance Maladie prouve que vos lésions corporelles ont une origine autre que le seul fait de l’accident

À ce stade, l’identification de témoins de l’accident est importante et les témoignages sont essentiels. Il ne faut pas oublier de les notifier sur la déclaration d’accident de trajet.

Si le trajet sur lequel l’accident est arrivé est l’itinéraire habituellement emprunté et que l’accident est survenu à un horaire compatible avec vos horaires de travail, vous bénéficiez de la présomption d’imputabilité. Alors le caractère professionnel de votre accident de trajet est en principe reconnu.

Si le trajet sur lequel est survenu l’accident a été interrompu ou détourné pour des motifs autres que ceux définis par le trajet protégé (voir les détails dans cette partie), comme par exemple vous arrêter pour faire des courses ou pour visiter un ami, il vous revient d’apporter tout élément de preuve permettant d’établir le lien entre votre accident et votre activité professionnelle.

Rappelez-vous, vous pouvez être amené à apporter des éléments de preuve pour justifier de la relation entre votre accident et votre activité professionnelle. Ce sera peut-être aussi à vous de faire la preuve du lien entre vos lésions corporelles et l’accident.


Comment faire une déclaration accident de trajet ?

Dans les 24 heures suivant votre accident de trajet

Dans tous les cas, en tout premier lieu et dans les 24 heures suivant l’accident, hors dimanche et jours fériés, vous devez informer ou faire informer votre employeur de ce qui vous est arrivé.

Précisez-lui ou faites-lui préciser le lieu, les circonstances, l’identité des témoins éventuels et du tiers responsable s’il existe, ainsi que vos constatations de dégâts.

Dans le même temps, vous devez consulter un médecin qui atteste des lésions subies et vous remet un certificat médical initial d’Arrêt de Travail/Maladie Professionnelle (AT/MP).

Le salarié et l’employeur complètent conjointement les feuillets de la déclaration d’accident (Cerfa n°14463*02). La case « accident de trajet » doit bien être cochée.

Vous devez renseigner ce document le plus précisément possible. Vous mentionnez objectivement les faits tels qu’ils se sont déroulés, nommez les témoins et vos premières constatations de blessures.

Dans les 48 heures qui suivent l’accident de trajet, votre employeur est tenu de le déclarer à l’Assurance Maladie. Cependant il peut arriver que votre employeur émette des réserves sur le fait que votre accident soit réellement un accident de trajet. En cas de refus de votre employeur de le déclarer, vous pouvez le faire vous-même auprès de votre caisse d’assurance maladie.

Votre employeur vous remet également une feuille d’accident de travail ou de maladie. Ce document que vous devez conserver précieusement vous assure la prise en charge à 100% de tous vos frais médicaux en rapport avec l’accident de trajet dans les limites des tarifs de base de l’Assurance Maladie et sans avance de frais.

Si votre accident n’est pas reconnu comme accident de trajet, vous devrez restituer la feuille d’accident de travail ou de maladie à l’Assurance Maladie. De la même façon, vous remettrez la feuille d’accident du travail ou de maladie à votre caisse après guérison ou consolidation, si des soins particuliers ne sont pas nécessaires, ou quand elle est entièrement remplie.

En résumé pour faire une déclaration d’accident de trajet

  • Informer l’employeur dès que possible (dans les 24 heures si possible)
  • Consulter un médecin et adresser le certificat initial dans les plus brefs délais à votre caisse d’assurance maladie
  • Récupérer une feuille d’accident de travail ou de maladie auprès de votre employeur ou à défaut auprès de l’Assurance Maladie
  • Répondre à toutes les demandes de complément d’informations qui émanent de votre employeur ou de la Sécurité sociale au sujet de votre accident en allant au travail
  • Respecter les obligations de présence au domicile en dehors de prescription médicale, d’examens médicaux ou de soins
  • Se soumettre aux contrôles demandés par la CPAM
  • S’abstenir de toute activité non autorisée
  • Ne pas séjourner hors de son département sans accord préalable de sa caisse

Il est très important que vous appliquiez ces démarches à la lettre

 

Quelle est l’indemnisation lors d’un accident de trajet ?

La reconnaissance de votre accident de trajet vous ouvre droit en cas d’arrêt de travail consécutif à certaines indemnités :

  • Des Indemnités Journalières (IJ) versées par la Sécurité sociale
  • Des indemnités complémentaires versées par l’employeur si le maintien de salaire est inscrit dans la convention collective de l’entreprise
  • Une indemnité spécifique en cas d’incapacité de travail

Le médecin peut être amené à prescrire une reprise du travail à temps partiel pour raison médicale (voir le mi-temps thérapeutique). Des indemnités journalières peuvent alors être versées à l’employé en accident de trajet pour compléter son salaire.

Les indemnités journalières en accident de trajet sont les mêmes que celles accordées dans le cadre d’un accident du travail. Elles sont versées dès le premier jour sans délai de carence (contrairement aux jours de carence pour arrêt maladie). Le jour de la survenue de l’événement reste à la charge de l’employeur. Si vous souhaitez connaître le montant, le mode de calcul et des exemples concrets, consultez l’article sur les IJSS en accident du travail. Vous pouvez également consulter le complément de salaire employeur.

Quelques cas particuliers d’accident de trajet (intérimaire, stagiaires…)

  • Le stagiaire : Si en qualité de stagiaire vous êtes victime d’un accident au cours des trajets entre votre lieu de stage et votre lieu de résidence ou de restauration, l’accident peut, comme pour tout autre salarié de l’entreprise, être qualifié d’accident de trajet. À ce titre vous bénéficierez d’une prise en charge à 100% des frais médicaux par l’assurance maladie. Toutefois, contrairement aux salariés de l’entreprise, vous ne pourrez pas bénéficier des indemnités journalières sauf si votre gratification de stage est égale ou supérieure au minimum prévu par la loi pour les stages de 2 mois et plus. Dans ce cas votre indemnité journalière sera calculée sur la base de votre gratification de stage.
  • Le travailleur saisonnier : Si votre activité est saisonnière, votre indemnité journalière sera calculée sur la base de vos 12 derniers salaires avant votre arrêt de travail consécutif à un accident de trajet.
  • Le travailleur intérimaire : Si vous êtes salarié d’une entreprise de travail intérimaire et victime d’un accident de trajet, un délai de carence de 4 jours est prévu et les conditions d’indemnisation varient en fonction de la durée de l’arrêt, plus ou moins 91 jours, du fait que le salarié soit cadre ou non, et du fait que l’accident se soit produit au cours d’une mission ou non. Par ailleurs, il peut arriver que le régime de prévoyance des salariés intérimaires alloue une indemnisation en complément de celle de la sécurité sociale.





Crédit photo : ©  Andrey Popov / Fotolia

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