Peut-on couper l’eau pour facture impayée, avec ou sans prévenir ? Non : depuis la loi Brottes de 2013, il est totalement interdit de couper ou réduire l’eau d’une résidence principale, quelle que soit la raison invoquée par le fournisseur ou le bailleur, et même en cas d’avertissement préalable. Cette protection s’applique toute l’année, contrairement à la trêve hivernale qui ne concerne que le gaz et l’électricité. Si votre eau a malgré tout été coupée, plusieurs recours existent pour la faire rétablir rapidement. En cas de difficultés à régler vos factures, sachez aussi que certaines communes proposent une aide pour payer l’eau.

✔ Contenu vérifié par Séverine Burel, experte en accompagnement des usagers et décryptage des droits sociaux.


Coupure d’eau impayé : que dit la loi ?

La fourniture d’électricité et de gaz ne fonctionne pas de la même façon que la fourniture d’eau. Depuis la loi Brottes de 2013, il est totalement illégal de couper l’eau d’une résidence principale, y compris sans prévenir :

    • Quelle que soit la saison, et non pas seulement durant la trêve hivernale qui concerne uniquement le gaz, l’électricité et les expulsions pour loyers impayés
    • Quel que soit le statut de la personne qui occupe le logement : locataire, propriétaire ou copropriétaire
    • Même si le locataire ou propriétaire du logement n’a pas réglé une ou plusieurs factures
    • Quelle que soit la nature du contrat de fourniture d’eau, et quel que soit le distributeur (Veolia, Suez, Saur, régie municipale…)
    • Même si le bail prévoit l’inverse
    • Même si le fournisseur a envoyé un courrier pour avertir d’une future coupure d’eau : un avertissement préalable ne rend pas la coupure légale

Dans tous les cas, vous n’avez donc pas à craindre une coupure d’eau intempestive au sein de votre résidence principale, que ce soit de la part de votre distributeur d’eau ou de votre bailleur. Cette règle relative aux coupures d’eau figure dans l’article L. 115-3 du Code de l’action sociale et des familles.

 

Le saviez-vous ?
Séverine Burel, conseillère en aides sociales
L’interdiction ne concerne pas que les coupures totales : elle s’applique aussi aux réductions de débit. Même en cas de difficultés de paiement avérées, votre fournisseur n’a pas le droit de réduire la pression ou le débit d’eau de votre résidence principale pour vous inciter à payer.

 

Coupure d’eau impayé : comment réagir et faire remettre l’eau ?

Si, malgré l’interdiction, votre fournisseur a coupé ou réduit l’eau de votre résidence principale, vous êtes en droit de contester cette action et d’exiger le rétablissement immédiat de votre alimentation en eau.

Vous pouvez commencer par envoyer une réclamation par courrier postal en rappelant les termes de l’article L. 115-3 mentionné plus haut dans cet article. Si cela n’aboutit à aucun résultat, vous pouvez vous rapprocher du médiateur de l’eau afin de trouver une solution rapide.

Si malgré toutes ces étapes, l’eau reste coupée ou réduite dans votre logement, vous pouvez saisir :

    • Le tribunal judiciaire, en référé si besoin pour obtenir un rétablissement en urgence, quelle que soit la somme en jeu
    • La chambre de proximité de ce même tribunal, sans obligation de recourir à un avocat, pour les litiges portant sur une somme inférieure à 10 000 euros

Un fournisseur qui coupe l’eau en violation de la loi Brottes peut être condamné à rétablir immédiatement l’accès, parfois sous astreinte, et à verser des dommages et intérêts pour le préjudice subi.

 

Factures d’eau impayées : quelles solutions pour éviter d’en arriver là ?

Même si, a priori, l’eau ne peut pas être coupée dans votre foyer malgré des défauts de paiement, sachez que des factures non réglées peuvent entraîner des conséquences telles que l’application d’intérêts de retard ou la mise en œuvre d’une procédure de recouvrement (avec saisie éventuelle).

Ainsi, il est fortement recommandé d’agir au plus vite. Plusieurs solutions existent :

    • Contacter votre distributeur d’eau pour demander un report ou un étalement de votre dette
    • Saisir le Fonds de solidarité pour le logement (FSL) pour bénéficier d’une aide aux impayés
    • Vérifier si votre commune propose la tarification sociale sur l’eau pour faire baisser durablement vos factures
    • Si le montant vous semble anormalement élevé, vérifier qu’il ne s’agit pas d’une erreur ou d’une fuite avant de régler l’intégralité de la facture

Vous retrouverez dans cet article toutes les aides possibles pour régler ses factures.

Récap : coupure d’eau pour impayé

Loi Brottes
Coupure d’eau
Interdite toute l’année
Sans avocat
Seuil pour saisir la justice
10 000 € et moins
🚱

Coupure ou réduction de débit : interdites quel que soit le distributeur (Veolia, Suez, Saur, régie…) et même après un courrier d’avertissement.

📮

Eau déjà coupée ? Réclamation écrite au fournisseur, puis médiateur de l’eau si aucune réponse satisfaisante sous 2 mois.

⚖️

Sans solution amiable : saisine du tribunal judiciaire, en référé si besoin, pour un rétablissement en urgence.

💡

Notre conseil : n’attendez pas que la dette s’accumule. Contactez votre distributeur dès le premier impayé pour un étalement, et sollicitez le FSL avant que la situation ne devienne critique.

aide-sociale.fr

 

Questions fréquentes sur la coupure d’eau pour impayé

Au-delà de l’interdiction légale et des recours en cas de coupure, d’autres questions reviennent souvent chez les personnes confrontées à des impayés d’eau. Voici nos réponses.

 

Un fournisseur comme Veolia, Suez ou Saur peut-il faire une exception selon les communes ?

Non. La loi Brottes s’applique à l’ensemble des distributeurs d’eau en France, qu’il s’agisse d’un grand groupe privé (Veolia, Suez, Saur) ou d’une régie municipale. Aucune commune ni aucun contrat local ne peut prévoir une exception à cette interdiction de coupure.

 

Un locataire peut-il être expulsé pour factures d’eau impayées ?

La coupure d’eau est interdite, mais des impayés répétés peuvent, selon le bail, justifier une procédure de résiliation puis d’expulsion locative, distincte de la question de l’eau. Cette procédure suit ses propres délais et protections, notamment la trêve hivernale pour les expulsions.

 

Une copropriété peut-elle couper l’eau d’un copropriétaire qui ne paie pas ses charges ?

Non, lorsque l’eau dessert des résidences principales, la même interdiction s’applique au syndic ou à la copropriété. Le recouvrement des charges impayées doit passer par une procédure de recouvrement classique, jamais par une coupure ou une réduction du débit d’eau.

 

Que risque le fournisseur qui coupe l’eau illégalement ?

Il s’expose à devoir rétablir immédiatement l’accès à l’eau, parfois sous astreinte financière décidée par le tribunal judiciaire, ainsi qu’à verser des dommages et intérêts à l’usager pour le préjudice subi, notamment en cas de coupure prolongée, répétée ou particulièrement mal justifiée.

Ces articles peuvent vous intéresser :

icone info

Crédit photo : © StockUnlimited


Vous voulez partager votre expérience ?

Notre forum est là pour ça !
Autres articles intéressants

À quelles aides
avez-vous droit ?