SOMMAIRE
Qu’est-ce que la retraite progressive et comment fonctionne-t-elle ?
La retraite progressive est un dispositif de fin de carrière qui permet de cumuler une activité à temps partiel et une fraction de sa pension de retraite. L’assuré continue de cotiser, ce qui lui permettra de voir sa pension définitive recalculée et augmentée au moment de la liquidation totale de ses droits.
Le principe est simple : plus vous travaillez peu, plus la fraction de pension perçue est élevée. Ainsi, un salarié travaillant à 60 % d’un temps plein percevra 40 % de sa pension estimée. À l’inverse, un temps partiel à 40 % ouvre droit à 60 % de la pension calculée.
L’inconvénient principal reste la baisse de revenus : le cumul salaire partiel + fraction de pension n’atteint généralement pas le niveau du salaire à temps plein antérieur. C’est un équilibre à anticiper soigneusement.
Comprendre le principe de la retraite progressive en moins de 2 minutes :
Bon à savoir : pour estimer le montant de votre retraite à l’heure actuelle, n’hésitez pas à utiliser le simulateur retraite.
Calcul de la retraite progressive selon votre statut
Selon que vous soyez salarié du privé, exploitant agricole, fonctionnaire ou indépendant, le calcul de votre fraction de pension diffère. Voici les règles propres à chaque situation.
Salariés du privé et salariés agricoles
En tant que salarié du privé ou salarié agricole, vous pouvez opter pour un temps partiel compris entre 40 % et 80 % d’un temps plein. La fraction de pension versée est inversement proportionnelle à votre quotité de travail : elle est égale à 100 % moins votre taux d’activité.
Exemple 1 : vous travaillez à 60 %. Vous recevrez une fraction de pension équivalente à 40 %.
Exemple 2 : vous souhaitez travailler 20 heures par semaine au lieu des 35 heures d’un temps plein. Quotité : 20/35 × 100 = 57 %. Vous percevrez une fraction de pension équivalente à 43 % (100 − 57).
Exemple 3 : vous travaillez chez deux employeurs (35 h chacun) et passez à 15 h + 10 h par semaine. Quotité globale : ([15/35] + [10/35]) × 100 = 71 %. Fraction de pension : 29 %.
Exemple 4 : deux employeurs aux durées conventionnelles différentes (35 h et 40 h). Vous passez à 15 h + 10 h. Quotité : ([15/35] + [10/40]) × 100 = 68 %. Fraction de pension : 32 %.
Cas particulier : les assistantes maternelles
Pour les assistantes maternelles, il n’existe pas de durée conventionnelle fixe. La référence est le nombre d’heures au-delà duquel elles ont droit à une majoration de rémunération, fixé à 45 heures par la convention collective des assistantes maternelles du particulier employeur du 1er juillet 2004.
Exemple : vous avez deux contrats : 21 h/semaine pour un premier particulier (3 jours × 7 h) et 40 h/semaine pour un second (2 enfants × 4 h × 5 jours). Soit 61 heures rémunérées au total pour 3 enfants. Moyenne par contrat : 61/3 = 20 h. Quotité : (20/45) × 100 = 44 %. Fraction de pension : 56 %.
Fonctionnaires : des règles spécifiques
Depuis le 1er septembre 2023, les fonctionnaires ont accès à la retraite progressive. Les règles diffèrent légèrement de celles du secteur privé :
- La quotité de temps partiel doit être comprise entre 50 % et 90 % d’un temps complet (et non 40-80 % comme pour les salariés).
- La fraction de pension versée est identique dans son principe : elle correspond à la part non travaillée (ex. : 70 % de travail = 30 % de pension versée).
- Les fonctionnaires à temps non complet ou incomplet n’ont pas besoin de réduire leur quotité pour en bénéficier (sauf s’ils cumulent plusieurs emplois portant leur quotité globale au-delà de 90 %).
- Le temps partiel thérapeutique ne permet pas de bénéficier de la retraite progressive.
- Les militaires sont exclus du dispositif.
Exploitants agricoles relevant de la MSA
Le mécanisme est identique à celui des salariés du privé, mais la réduction d’activité se mesure différemment selon le mode d’assujettissement :
Pour l’exploitant assujetti selon la Surface minimum d’installation (SMI) :
- Réduction de l’exploitation de 35 % à 45 % → fraction de pension : 40 %.
- Cession de parts sociales supérieure à 45 % → fraction de pension : 50 %.
Pour l’exploitant assujetti selon un temps de travail :
- Diminution de l’activité entre 400 et 800 heures → fraction de pension : 40 %.
- Diminution supérieure à 800 heures → fraction de pension : 50 %.
Le pourcentage de réduction des revenus est calculé en comparant les revenus de l’année précédente (avis d’imposition) à la moyenne des revenus des 5 années précédant la demande.
Travailleurs indépendants et professions libérales
Artisans, commerçants, mandataires sociaux et professions libérales peuvent bénéficier de la retraite progressive depuis le 1er janvier 2024. Le calcul est basé sur la diminution effective des revenus professionnels, comparée à la moyenne des 5 années précédant la demande.
Exemple : vos revenus baissent de 40 %. Vous percevrez une fraction de pension équivalente à 40 %.
Durant les 18 premiers mois, un versement provisionnel de 50 % de la pension est effectué, faute de revenus réels connus. Une régularisation intervient ensuite :
- Si la baisse de revenus est comprise entre 20 % et 60 % : le trop-perçu éventuel est déduit des échéances suivantes.
- Si la baisse dépasse 60 % : la caisse verse le surplus dû.
- Si la baisse est inférieure à 20 % : aucune fraction de pension n’est versée.
Conditions pour bénéficier de la retraite progressive
La retraite progressive n’est pas accessible à tous. Elle implique de remplir trois conditions cumulatives et concerne des publics bien définis.
Qui peut prétendre à la retraite progressive ?
Depuis le 1er septembre 2025, le dispositif est accessible à tous les actifs réunissant les conditions requises, quel que soit leur régime :
- Salariés du privé du régime général ;
- Salariés et exploitants agricoles relevant de la MSA ;
- Salariés multi-employeurs et salariés intermittents ;
- Agents non titulaires de l’État, des collectivités territoriales et des établissements publics ;
- Fonctionnaires (depuis le 1er septembre 2023) ;
- Travailleurs indépendants (artisans, commerçants, industriels) ;
- Professions libérales relevant de la CNAVPL (depuis le 1er janvier 2024) ;
- Avocats relevant de la CNBF (depuis le 1er janvier 2024) ;
- Mandataires sociaux salariés.
Sont exclus du dispositif : les militaires, ainsi que certains actifs exerçant à titre exclusif des activités très spécifiques (administrateurs de groupements mutualistes, etc.).
Les trois conditions cumulatives
Pour tout régime, les trois conditions suivantes doivent être réunies simultanément :
- Âge minimum : avoir au moins 60 ans (depuis le 1er septembre 2025, pour toute pension prenant effet à compter de cette date).
- Durée d’assurance : justifier d’au moins 150 trimestres validés tous régimes de base confondus (y compris trimestres de majoration pour enfants, service militaire, chômage indemnisé, etc.).
- Activité réduite : exercer à temps partiel (40-80 % pour les salariés du privé, 50-90 % pour les fonctionnaires) ou justifier d’une baisse de revenus de 20 à 60 % pour les indépendants.
Important : les 150 trimestres requis sont distincts des 172 trimestres nécessaires pour la retraite à taux plein depuis la réforme 2023. Vous pouvez donc entrer en retraite progressive avant d’avoir tous vos trimestres — une décote sera alors appliquée sur la fraction de pension provisoire si le taux plein n’est pas atteint.
Existe-t-il un âge maximum ou une durée limite ?
Il n’existe pas d’âge maximum pour bénéficier de la retraite progressive, ni de durée minimale ou maximale. Le dispositif cesse automatiquement lorsque l’assuré liquide l’ensemble de ses droits à la retraite définitive. Sa pension est alors recalculée en intégrant les trimestres et les droits acquis pendant la période de retraite progressive.
Comment faire une demande de retraite progressive ?
La démarche de retraite progressive est accessible en ligne ou par formulaire papier. Elle exige un minimum d’anticipation : il faut transmettre sa demande au plus tôt 5 mois avant la date de départ souhaitée.
Comment déposer sa demande
La voie privilégiée est la demande en ligne sur le site Info Retraite (Mon compte retraite), via le service Mes démarches / Demander ma retraite progressive. Une seule demande suffit pour tous les régimes auxquels vous avez cotisé. Pour les fonctionnaires d’État (SRE), une demande complémentaire doit être faite sur l’espace ENSAP.
Si vous n’avez pas accès à internet, vous pouvez utiliser le formulaire Cerfa n° 10647, à adresser à la caisse de retraite dont vous relevez à la date de la demande. Le formulaire doit être accompagné des justificatifs suivants :
- Photocopie d’un justificatif d’état civil (carte d’identité, passeport ou titre de séjour en cours de validité) ;
- Relevé d’identité bancaire (RIB) ;
- Photocopie de vos deux derniers avis d’imposition sur le revenu ;
- Photocopie de votre ou vos contrats de travail à temps partiel ;
- Bulletins de paie des 12 derniers mois civils ;
- Attestation employeur précisant la durée du travail à temps complet applicable dans l’entreprise (téléchargeable sur Info Retraite lors de la demande en ligne).
Bon à savoir : votre dossier doit être transmis au plus tôt 5 mois avant la date de départ souhaitée (et idéalement entre 6 et 4 mois). Si la caisse reçoit votre dossier complet dans ce délai, elle s’engage à verser votre fraction de pension à la date choisie. La date de départ doit obligatoirement être le premier jour d’un mois.
Refus de l’employeur : quels recours ?
La retraite progressive est un droit, mais elle implique de passer à temps partiel, ce qui nécessite l’accord de l’employeur sur la quotité. Voici les règles en vigueur depuis le 1er septembre 2023 :
- Votre demande de passage à temps partiel doit être faite par lettre recommandée avec accusé de réception, au moins 2 mois avant la date souhaitée.
- L’absence de réponse écrite et motivée dans ce délai de 2 mois vaut accord tacite.
- En cas de refus, l’employeur doit le justifier par l’incompatibilité de la réduction de temps de travail avec l’activité économique de l’entreprise, notamment en précisant les conséquences sur la continuité du service et, le cas échéant, les difficultés de recrutement.
- Un accord collectif d’aménagement de fin de carrière peut prévoir des dispositions plus favorables.
En résumé, la retraite progressive doit se faire d’un commun accord : ni l’employeur ni le salarié ne peut contraindre l’autre.
Suspension et fin du dispositif
Une fois la retraite progressive accordée, deux situations peuvent entraîner la suspension temporaire du versement :
- Vous n’avez pas répondu dans les délais au questionnaire de contrôle de la durée de travail à temps partiel envoyé par votre caisse régionale ;
- Vous avez cessé votre activité à temps partiel sans avoir demandé votre retraite définitive.
Le versement s’interrompt alors dès le 1er jour du mois suivant. Il peut reprendre si vous recommencez à travailler dans les conditions requises.
La retraite progressive prend fin de manière définitive et sans possibilité de réouverture dans trois cas :
- Vous reprenez une activité à temps complet ;
- Votre revenu d’activité atteint ou dépasse le montant perçu avant la retraite progressive ;
- Les conditions relatives à la cessation progressive d’activité agricole ne sont plus respectées.
Attention : la retraite définitive n’est pas automatique. Lorsque vous souhaitez partir totalement à la retraite, vous devrez déposer une seconde demande distincte. Pour connaître toutes les étapes, consultez notre guide sur comment faire votre demande de retraite. Dans certains cas, un départ anticipé à la retraite peut également être envisageable (longue carrière, handicap, pénibilité).
Questions fréquentes sur la retraite progressive
Voici les réponses aux questions les plus posées sur ce dispositif, au-delà des explications déjà développées dans cet article.
Comment fonctionne le calcul de la retraite progressive pour une assistante maternelle ?
Pour une assistante maternelle, la durée de référence n’est pas la durée légale de 35 heures mais le seuil de majoration fixé par la convention collective, soit 45 heures. La quotité de temps partiel est calculée sur la moyenne des heures travaillées par contrat, puis rapportée à ce seuil. La fraction de pension versée est égale à 100 % moins cette quotité. Ce calcul est particulièrement complexe en cas de multi-employeurs : faire valider son dossier par sa caisse de retraite en amont est fortement recommandé.
Peut-on bénéficier de la retraite progressive si on est déjà à temps partiel ?
Oui. Vous pouvez entrer en retraite progressive même si vous travailliez déjà à temps partiel avant de remplir les conditions d’âge et de trimestres, à condition que votre quotité soit comprise dans la fourchette requise (40-80 % pour les salariés, 50-90 % pour les fonctionnaires). Aucune réduction supplémentaire du temps de travail n’est obligatoire si vous respectez déjà ces critères.
Quel impact la retraite progressive a-t-elle sur la pension définitive ?
La retraite progressive entraîne une liquidation provisoire de la pension : vos droits sont calculés à la date d’effet de la retraite progressive, avec une décote éventuelle si vous n’avez pas atteint le taux plein. En contrepartie, vous continuez de cotiser et d’accumuler des droits (et éventuellement de surcotiser à taux plein), ce qui permettra un recalcul de la pension définitive à la hausse lors de la liquidation totale. Les droits acquis à l’Agirc-Arrco sont également pris en compte. Notez que le minimum contributif s’applique aussi en cas de décote provisoire si le montant liquidé reste sous le plancher garanti.
Qu’est-ce que la surcotisation en retraite progressive ?
Pendant une retraite progressive, il est possible de choisir de cotiser à la retraite sur la base d’un salaire à temps plein, même en travaillant à temps partiel. Cette surcotisation est facultative et nécessite l’accord de l’employeur (qui doit également surcoter sa part). Elle permet d’acquérir des trimestres pleinement valorisés et d’améliorer le calcul de la pension définitive, mais elle représente un coût supplémentaire chaque mois.
La retraite progressive est-elle cumulable avec d’autres dispositifs d’aide à la retraite ?
La retraite progressive n’est pas cumulable avec une préretraite légale, réglementaire ou conventionnelle. En revanche, les droits acquis pendant cette période (trimestres, points Agirc-Arrco) s’ajoutent aux droits antérieurs. Il n’existe pas d’aide financière spécifique dédiée à la retraite progressive. Pour les personnes proches de la retraite et en difficultés d’emploi, le dispositif peut se combiner avec d’autres accompagnements comme le suivi par France Travail.
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Sources officielles et références
- Service-Public.gouv.fr – Retraite progressive du salarié : conditions, calcul et démarches pour les salariés du secteur privé
- Service-Public.gouv.fr – Retraite progressive de l’agent public : règles spécifiques aux fonctionnaires et agents contractuels
- Ministère du Travail – La retraite progressive : textes de référence et conditions légales

Rédactrice web SEO certifiée et freelance depuis 2017, j’écris pour Aide-Sociale.fr depuis 2019. Diplômée d’un BTS Communication et formée aux spécificités de la rédaction web et du SEO, j’ai rédigé plus de 314 articles avec un objectif constant : vulgariser le “langage CAF” et rendre les démarches administratives accessibles à tous. Mon crédo : des contenus sourcés, précis et sans fake news !
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