✔ Contenu vérifié par Séverine Burel, experte en accompagnement des usagers et décryptage des droits sociaux.
SOMMAIRE
Pension de réversion et divorce : les fondamentaux juridiques en 2026
Le décès d’un ex-conjoint ouvre un droit à une fraction de sa retraite, appelée pension de réversion. Contrairement à une idée reçue, le divorce n’annule pas ce droit. Le droit français considère que le mariage crée un lien de protection sociale qui perdure au-delà de la séparation.
En 2026, il est primordial de distinguer le mariage des autres formes d’union. Seul le mariage civil ouvre droit à la réversion. Si vous étiez en PACS ou en concubinage avec le défunt, aucun droit ne vous sera accordé, quelle que soit la durée de vie commune ou la présence d’enfants. En revanche, si vous étiez marié puis divorcé, vous êtes considéré comme un “conjoint survivant” au même titre qu’une veuve ou un veuf non divorcé.
Note sur la réforme des retraites : Depuis la mise en œuvre de la réforme de 2023, les conditions d’âge pour la retraite de base ont évolué pour les assurés, mais l’âge d’accès à la réversion pour les conjoints survivants et divorcés reste fixé à 55 ans dans le régime général. Si vous avez moins de 55 ans au moment du décès, vous ne pouvez pas encore prétendre à la réversion, mais vous pouvez vérifier votre éligibilité à l’Allocation veuvage.
Par ailleurs, aucune durée minimale de mariage n’est exigée dans le régime général. Même un mariage de quelques mois suffit, seule la durée d’union compte pour calculer la part au prorata si votre ex-conjoint s’est remarié.
Pension de réversion après un divorce : les conditions de ressources
C’est l’étape cruciale où la majorité des dossiers sont acceptés ou rejetés. Pour le régime général (CNAV), la pension de réversion suite à un divorce n’est pas un droit inconditionnel : elle est soumise à un examen rigoureux de votre niveau de vie.
Le plafond de ressources : les seuils à ne pas dépasser en 2026
L’Assurance Retraite vérifie que vos ressources personnelles (ou celles de votre nouveau ménage) ne dépassent pas les plafonds légaux. Au 1er janvier 2026, suite à la revalorisation de +0,9 %, les montants sont les suivants :
| Situation familiale du bénéficiaire | Plafond de ressources annuelles 2026 | Plafond de ressources trimestriels |
|---|---|---|
| Personne seule (divorcée, veuve, célibataire) | 25 001,60 € | 6 250,40 € |
| En couple (remariage, PACS, concubinage) | 40 002,56 € | 10 000,64 € |
Ce qu’il faut retenir : si vos ressources, additionnées à la pension de réversion calculée, dépassent ces plafonds, votre pension sera réduite à hauteur du dépassement (mécanisme dit d’écrêtement). Par exemple, si vous dépassez le plafond de 50 € par mois, votre pension de réversion sera amputée de 50 €.
Important : une fois que vous avez liquidé toutes vos retraites personnelles et atteint l’âge du taux plein (67 ans), le montant de votre pension de réversion devient définitif et ne pourra plus être révisé à la hausse, même si vos revenus augmentent par la suite.
Quels revenus sont pris en compte (et lesquels sont exclus) ?
L’étude de vos ressources porte prioritairement sur les 3 mois civils précédant la date d’effet de votre pension. C’est ce qu’on appelle l’examen trimestriel. Si vous dépassez le seuil sur cette période, la caisse effectue alors un examen sur les 12 derniers mois, ce qui peut vous être plus favorable.
Les revenus pris en compte incluent :
- Revenus d’activité : si vous travaillez encore, vous bénéficiez d’un abattement de 30 % sur vos salaires bruts (si vous avez plus de 55 ans). Seuls 70 % de vos revenus d’activité sont retenus pour le plafond.
- Pensions de retraite : toutes vos retraites personnelles (base et complémentaire) sont incluses.
- Le patrimoine immobilier et financier (forfait de 3 %) : vos résidences secondaires, biens loués ou placements sont convertis en revenus théoriques à hauteur de 3 % de leur valeur vénale par an. Ce forfait ne s’applique pas si vous percevez déjà des loyers réels — on ne cumule jamais les deux. Votre résidence principale n’est jamais prise en compte.
Les revenus exclus : l’Allocation Logement (APL), le RSA et la majoration pour tierce personne ne sont pas comptabilisés dans le calcul.
Montant que vous pouvez percevoir en 2026
Le calcul de la pension de réversion si vous êtes divorcé repose sur une règle de base simple : vous avez droit à 54 % de la retraite que percevait (ou aurait dû percevoir) votre ex-époux au régime général. Ce montant théorique est encadré par des seuils minimaux et maximaux réévalués chaque année au 1er janvier.
Montant minimum et maximum : les valeurs officielles 2026
Si la retraite de votre ex-conjoint était modeste, l’Assurance Retraite garantit un montant minimum. À l’inverse, pour les carrières à hauts revenus, la pension est plafonnée par la loi.
| Nature du montant (Régime de base) | Valeur officielle 2026 |
|---|---|
| Montant minimum annuel (60 trimestres cotisés) | 4 019,13 € |
| Montant maximum annuel (hors majorations) | 12 976,20 € |
Précision importante sur le minimum : ce montant de 4 019,13 € n’est intégral que si votre ex-conjoint a cotisé au moins 60 trimestres (soit 15 ans) au régime général. S’il a validé moins de 15 ans, le montant minimum sera réduit proportionnellement. Avec 30 trimestres validés, vous ne percevrez que 50 % de ce minimum garanti.
Les 3 majorations pour augmenter votre pension de réversion
Ces majorations sont souvent méconnues des bénéficiaires divorcés, alors qu’elles peuvent représenter un complément financier significatif.
| Type de majoration | Montant ou taux | Condition |
|---|---|---|
| Majoration familiale | + 10 % | Avoir élevé 3 enfants ou plus |
| Majoration pour enfant à charge | 113,59 €/mois | Enfant < 18 ans (ou 25 ans si étudiant) |
| Majoration de 11,1 % | + 11,1 % du montant | Cumul retraites < 1 006,69 €/mois ou 3 020,07 €/trimestre |
Zoom sur la majoration de 11,1 % : cette bonification s’adresse aux retraités aux faibles revenus globaux. Pour y prétendre, vous devez avoir atteint l’âge du taux plein automatique (67 ans) et avoir liquidé l’ensemble de vos droits à la retraite. Si le cumul de vos pensions et de votre réversion reste inférieur à 1 006,69 € par mois, la majoration de 11,1 % s’applique (dans la limite de ce plafond).
La majoration pour enfant à charge : cette aide forfaitaire de 113,59 € par mois s’arrête dès que vous liquidez votre propre retraite de base ou que vous atteignez l’âge légal de départ. Elle est conçue pour soutenir les ex-conjoints qui n’ont pas encore leurs propres droits à la retraite.
Conseil d’expert : ces majorations sont cumulables entre elles si vous remplissez les conditions pour chacune. Pensez à vérifier votre relevé de paiement, car certaines (comme la majoration familiale) ne sont pas toujours appliquées automatiquement après un divorce.
Au-delà de vos propres droits, n’oubliez pas de vérifier les droits à la réversion pour les enfants orphelins qui peuvent compléter le soutien familial.
Pension de réversion divorce : calcul de vos droits
Le partage de la pension de réversion après divorce est souvent source d’inquiétudes. Si votre ex-conjoint a contracté plusieurs mariages, la pension n’est pas versée intégralement au dernier conjoint : elle est divisée entre l’époux survivant et le ou les ex-époux divorcés, selon la règle du prorata temporis (durée de chaque union par rapport à la durée totale des mariages).
La loi ne favorise pas le dernier conjoint, mais celui qui a été marié le plus longtemps.
Cas particulier : que devient la part d’un bénéficiaire s’il décède ?
C’est une nuance cruciale pour votre budget à long terme. Si votre “rival(e)” décède à son tour, le sort de sa part dépend du régime de retraite :
- Dans le régime général (salariés du privé) : sa part vous est reversée (phénomène de “recristallisation”). Dans notre exemple, si le conjoint survivant décède, vous récupérez ses 100 €, portant votre pension à 600 €.
- Dans la fonction publique : la part de l’ex-conjoint décédé est définitivement supprimée. Elle ne vient jamais accroître la part du survivant.
Note : pour bénéficier de ce reversement dans le privé, vous devez parfois en faire la demande expresse à la caisse de retraite en fournissant l’acte de décès de l’autre bénéficiaire.
Spécificités selon le régime de retraite : ne commettez pas d’erreur
L’erreur classique est de croire que les règles de la pension de réversion si vous êtes divorcé sont universelles. Selon que votre ex-conjoint était salarié, fonctionnaire ou indépendant, les conditions d’attribution changent radicalement.
1. La Fonction Publique (SRE, CNRACL)
Le régime des agents de l’État et des collectivités est très spécifique. Contrairement au secteur privé, il n’existe aucune condition de ressources pour percevoir la réversion. Cependant, deux contraintes majeures s’appliquent :
- La condition de “non-couple” : le remariage, mais aussi le PACS et le concubinage notoire, suppriment définitivement votre droit à la réversion.
- La durée du mariage : le mariage doit avoir duré au moins 4 ans, ou avoir été célébré 2 ans avant la mise à la retraite du défunt. Cette condition tombe si un enfant est né de cette union.
Contact : toutes les infos pour contacter le CNRACL
2. Le régime complémentaire Agirc-Arrco
Pour les anciens salariés du privé, la retraite complémentaire représente souvent une part importante du revenu global. Ici, le taux n’est pas de 54 % mais de 60 % de la retraite du défunt.
- Âge : 55 ans minimum.
- Le piège du remariage : tout remariage de votre part annule définitivement vos droits à la réversion Agirc-Arrco. Même si vous divorcez à nouveau, vous ne pourrez pas récupérer ce droit.
- La subtilité du PACS : contrairement à la fonction publique, l’Agirc-Arrco ne considère pas le PACS ou le concubinage comme un remariage. Vous pouvez donc être pacsé et toucher cette pension complémentaire.
Contact : toutes les infos pour contacter l’Agirc-Arrco
3. Les Indépendants et Libéraux (RCI, CIPAV)
Si votre ex-conjoint était artisan, commerçant ou auto-entrepreneur, les règles du régime de base sont désormais alignées sur celles des salariés (CNAV). Toutefois, pour la Retraite Complémentaire des Indépendants (RCI), vous devez avoir été marié au moins 2 ans (sauf si un enfant est né de l’union) pour prétendre à la réversion.
4. L’Ircantec (Contractuels de la fonction publique)
Ce régime hybride concerne les anciens agents non-titulaires. Il exige d’avoir 50 ans (sous conditions) ou 55 ans et, comme pour l’Agirc-Arrco, le remariage est un motif d’exclusion définitive. Le taux de réversion y est de 50 %.
Contact : toutes les infos pour contacter l’Ircantec
Bon à savoir : si votre ex-conjoint a eu une carrière “multirégime” (ex : d’abord salarié puis fonctionnaire), vous devrez déposer des demandes auprès de chaque caisse. La centralisation sur info-retraite.fr facilite grandement cette étape en 2026.
Demander la pension de réversion après un divorce : étapes, délais et pièges à éviter
La pension de réversion divorce n’est jamais versée automatiquement. Même si l’administration est informée du décès, c’est au bénéficiaire d’engager la démarche. En 2026, le délai moyen de traitement est de 4 à 6 mois. Il est donc conseillé d’agir rapidement.
Où et quand déposer votre dossier ?
Le plus simple est d’utiliser le portail unique info-retraite.fr. Grâce au service “Demander ma retraite de réversion”, vous ne remplissez qu’un seul formulaire pour tous les régimes (base et complémentaire).
Attention au délai de rétroactivité : vous disposez d’un délai de 12 mois suivant le décès pour déposer votre demande. Si vous respectez ce délai, le versement sera rétroactif au premier jour du mois suivant le décès. Au-delà d’un an, la pension de réversion non réclamée ne sera versée qu’à partir du premier jour du mois suivant votre dépôt de dossier, sans rattrapage possible.
La check-list complète des documents indispensables
Un dossier incomplet est la première cause de retard. Assurez-vous de scanner ou de photocopier les pièces suivantes :
- L’acte de naissance du défunt : une copie intégrale datant de moins de 3 mois, comportant impérativement les mentions marginales du divorce.
- Le livret de famille : prévoyez la copie de toutes les pages renseignées (les deux faces).
- Le jugement de divorce : le jugement complet peut être exigé si des clauses spécifiques sur la prestation compensatoire impactent vos droits.
- Justificatifs de revenus : votre dernier avis d’imposition (recto-verso) ainsi que vos bulletins de salaire si vous êtes encore en activité.
- Un RIB personnel : le compte bancaire doit être ouvert à votre nom actuel (attention aux noms d’usage vs noms de jeune fille).
Que faire si vous n’avez plus les documents de votre ex-conjoint ?
Après un divorce, il est fréquent de ne plus avoir accès aux documents administratifs de l’ex-époux. Dans ce cas, le notaire en charge de la succession est légalement habilité à vous transmettre les informations nécessaires. Pour en savoir plus, consultez notre article sur les frais de notaire pour une succession.
Questions fréquentes sur la pension de réversion après divorce
Ces questions reviennent régulièrement de la part de personnes divorcées en démarches. Les réponses ci-dessous complètent les points abordés dans l’article sans les répéter.
La pension de réversion est-elle versée à vie après un divorce ?
En principe oui, sous réserve de continuer à respecter les conditions d’attribution. Dans le régime général, vos ressources sont réexaminées régulièrement. À 67 ans, une fois tous vos droits liquidés, le montant est définitivement cristallisé. Pour en savoir plus, consultez notre article sur la pension de réversion à vie.
Le divorce par consentement mutuel change-t-il quelque chose aux droits ?
Non. Quel que soit le motif ou la forme du divorce (consentement mutuel, faute, altération du lien conjugal), vos droits sont identiques. Seule la durée totale du mariage, telle qu’elle figure sur l’acte de naissance avec les mentions marginales, est utilisée pour calculer votre part au prorata.
J’ai perçu une prestation compensatoire, puis-je quand même avoir la réversion ?
Oui. La prestation compensatoire versée lors du divorce et la pension de réversion sont deux dispositifs totalement indépendants. Avoir reçu un capital ou une rente lors du divorce ne vous prive en aucun cas de votre droit à la réversion au décès de votre ex-époux.
Que se passe-t-il si je me remarie après avoir commencé à toucher la pension ?
Cela dépend des régimes. Au régime général, vous conservez votre pension, mais vos nouveaux revenus de couple peuvent en réduire le montant. En revanche, dans la fonction publique et pour le régime Agirc-Arrco, tout remariage entraîne la suppression définitive et immédiate de votre pension de réversion.
Peut-on toucher la réversion de plusieurs ex-conjoints décédés ?
Oui, il est possible de cumuler les pensions de réversion de plusieurs ex-conjoints décédés si vous remplissez les conditions pour chacun d’eux. Attention toutefois au plafond de ressources du régime général : le total de vos revenus et de toutes vos pensions de réversion ne doit pas dépasser 25 001,60 € par an pour une personne seule en 2026.
Mon ex-conjoint est décédé à l’étranger, comment faire ?
La pension française peut être versée partout dans le monde. Vous devrez fournir un acte de décès international ou traduit par un traducteur assermenté. Le portail en ligne info-retraite.fr gère les dossiers internationaux et centralise les demandes multi-régimes.
Crédit photo : © fizkes / Adobe Stock

Forte d’une expérience dans le secteur social, Cécile Gardino a collaboré avec Aide-Sociale.fr en 2022. Elle a rédigé 33 articles pour guider les individus et les familles à travers les dispositifs d’assistance sociale, avec un souci constant de clarté et d’accessibilité.
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