Le congé parental père reste l’un des droits familiaux les moins utilisés par les hommes en France : seulement 0,8 % des pères y ont recours à taux plein, contre 14 % des mères. Pourtant, comme le congé parental homme ouvert depuis 1984, ce dispositif permet à tout salarié justifiant d’un an d’ancienneté d’interrompre ou de réduire son activité pour s’occuper de son enfant, avec une indemnisation PreParE versée par la Caf.

Découvrez ici les conditions du congé parental d’éducation, les statistiques qui expliquent cet échec persistant chez les pères, ainsi que les nouveautés du congé supplémentaire de naissance entré en vigueur le 1er juillet 2026.


Qu’est-ce que le congé parental du père indemnisé par la PreParE ?

À la naissance d’un enfant, le congé parental permet au père et à la mère d’interrompre provisoirement leur vie professionnelle, de façon totale ou partielle, afin d’être présents aux côtés de leur bébé. Ce congé peut également profiter aux parents adoptants sous condition d’âge de l’enfant adopté.

Le congé parental est facultatif et concerne tous les salariés qui justifient d’un an d’ancienneté dans leur entreprise. Si la personne qui a obtenu ce congé ne perçoit plus de salaire pendant la durée de l’interruption de son travail, elle bénéficie de la certitude de retrouver son emploi à l’issue du congé.

Pendant cette période, une indemnisation peut être accordée sous conditions par la Caf : il s’agit de la Prestation Partagée d’Éducation de l’enfant (PreParE). Depuis le 1er avril 2026, son montant est de 459,70 € par mois en cas de cessation totale d’activité, 297,17 € pour un temps partiel jusqu’à 50 %, et 171,42 € pour un temps partiel entre 50 % et 80 %. Retrouvez le détail complet de ces montants et leurs conditions d’attribution dans notre article dédié au salaire pendant le congé parental.

Cette indemnisation peut être accordée au père ou à la mère, ou aux deux parents en même temps, mais attention : le montant cumulé ne peut alors pas dépasser celui d’une PreParE à taux plein.

Voici la répartition de l’indemnisation du congé parental entre le père et la mère pour 1 enfant :

    • Chaque parent a droit à un maximum de 6 mois de congé parental : pour que le congé parental atteigne la durée maximale prévue, les deux parents doivent utiliser leur droit. Autrement dit, si un seul parent prend le congé, celui-ci sera limité à 6 mois.

    La répartition du congé parental entre les parents à partir du 2ème enfant :

    • La durée totale du congé parental est de 2 ans maximum, à partager entre les deux parents : si un seul parent choisit de prendre le congé (généralement la mère), il sera limité à 2 ans dans la limite des 3 ans de l’enfant. Les deux parents peuvent décider de se partager le congé, en alternant ou en prenant des périodes simultanées, dans la limite des droits accordés.

Séverine Burel

Le chiffre clé
Séverine Burel, conseillère en aides sociales
459,70 €
Montant mensuel de la PreParE à taux plein pour un père comme pour une mère
Barème avril 2026 · Source : Caf

 

Le congé parental du père a-t-il atteint ses objectifs ?

C’est le 30 décembre 2014 qu’un décret, en complément de la loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, met en place la PreParE dont l’objectif explicite est de favoriser le recours des pères au congé parental d’éducation.

Ce congé a donc pour but de permettre aux hommes de créer un lien fort avec leur bébé et de participer activement aux tâches parentales et domestiques. Dans le même mouvement, l’idée est de permettre aux femmes de reprendre leur emploi plus rapidement et ainsi de rester moins longtemps éloignées du monde du travail.

Sept ans après l’instauration de cette allocation liée au congé parental, l’OFCE, Observatoire français des conjonctures économiques, organisme de recherche de l’université Sciences Po, s’est penché sur le fichier des allocataires de la Caisse nationale des allocations familiales, pour évaluer les effets de cette mesure.

Les résultats montrent, sans ambiguïté possible, que les attentes sont loin d’être satisfaites. Quand l’objectif affiché était que 25 % des pères sollicitent le congé parental assorti de la PreParE, seulement 0,8 % d’entre eux l’ont fait en 2021 pour un congé à taux plein. Pour comparaison, le taux pour les mères est de 14 % sur la même période. Pour un congé à taux partiel, le constat est similaire : le recours des pères à ce congé indemnisé est de 0,9 % pour un premier enfant et de 1,8 % pour les pères de 2 enfants ou plus.

Une évaluation plus récente, menée par France Stratégie et le Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge (HCFEA), confirme ce constat : la réforme de la PreParE n’a entraîné qu’une très légère hausse de 1,1 point du taux de recours des pères au congé parental à taux partiel, insuffisante pour modifier significativement le partage des responsabilités parentales au sein des couples.

Une conclusion s’impose : dans l’objectif de rétablir l’égalité entre les hommes et les femmes à la naissance d’un enfant, la réforme du congé parental assorti de la PreParE est un échec.

 

Comment expliquer l’échec du congé parental pour le père ?

Pour comprendre les raisons de cet échec, il peut être utile de comparer la situation en France avec ce qui se passe en Allemagne. Autour des années 2010 s’engage en France une réflexion dont le but est un meilleur partage du congé parental entre le père et la mère. L’observation de ce qui se passe en Allemagne et dans d’autres pays scandinaves permet de retenir les deux options suivantes :

    • Un congé plus court, mais mieux rémunéré comme en Allemagne par exemple
    • Le maintien d’une indemnisation autour de 400 euros comme le prévoyait le dispositif précédent, le CLCA, Complément de libre choix d’activité, avec une réduction du congé si celui-ci n’est pris que par un seul des parents

C’est cette dernière option qui a été retenue car, bien sûr, moins coûteuse que la solution choisie par l’Allemagne.

Au résultat, nous pouvons observer aujourd’hui qu’en Allemagne près de 32 % des pères prennent le congé parental quand en France l’objectif de 25 %, soit 100 000 pères, est très loin d’être atteint.

L’explication tient essentiellement dans le montant de l’indemnisation. En Allemagne, cette indemnisation est proportionnelle à l’ancienne rémunération du parent, soit 67 % du salaire assorti d’un plafond. En France, la PreParE est une allocation forfaitaire qui, bien évidemment, est peu incitative pour le parent, en particulier pour le père, dont le revenu est le plus élevé de la famille.

Une autre part de l’explication de cet échec tient certainement au fait que les normes sociales en France en matière de parentalité sont toujours très “genrées”. Quand les femmes sont encore incitées à s’investir dans la sphère familiale, le champ d’action des hommes reste souvent la sphère professionnelle.

Ce contraste est d’autant plus frappant que le congé de paternité, lui, rencontre un franc succès chez les pères : selon une étude de l’Ined publiée début 2026, 81 % des pères éligibles ont pris ce congé entre 2021 et 2023, contre environ 75 % avant sa réforme de 2021. La différence tient au niveau d’indemnisation, bien plus proche du salaire pour le congé de paternité que pour le congé parental.

Cependant, la Fondation Jean Jaurès, en mars 2024, constate que la société française évolue vers plus de valeurs égalitaires. Assez important dans les années 90, le nombre des pères qui ne s’occupent d’aucune charge éducative diminue comme le rappellent les chercheuses Anne Solaz et Ariane Pailhé dans un entretien à l’Ined, Institut national d’études démographiques.

Contrairement à d’autres pays comme le Canada par exemple, il existe en France peu d’études statistiques récentes sur l’évolution du rôle de chacun des parents au sein de la famille. On peut toutefois s’appuyer sur une publication de l’Insee qui s’est penchée sur la répartition des rôles du père et de la mère lors du premier confinement de 2020 lorsque les écoles et crèches étaient fermées.

Cette étude révèle une répartition encore très inégalitaire au sein du couple, tant pour ce qui est du soin apporté aux enfants que de la prise en charge des tâches ménagères.

On y apprend par exemple :

    • Lorsque le 2ème enfant a moins de 3 ans, 91 % des mères passent plus de 4 heures par jour à s’en occuper contre 49 % des pères
    • 100 % des femmes consacrent 2 heures par jour aux enfants de 6 à 10 ans, notamment pour les accompagner à l’école, contre 68 % des hommes

Il en va de même pour ce qui concerne le temps consacré aux tâches domestiques.

On y découvre que :

    • 1 femme sur 5 consacre plus de 4 heures par jour aux tâches ménagères (ménage, courses, repas, linge) contre 1 homme sur 10
    • 31 % des femmes versus 16 % des hommes passent entre 2 et 4 heures quotidiennes pour ces mêmes tâches
    • 3 hommes sur 4 consacrent moins de 2 heures par jour aux tâches domestiques contre 1 femme sur 2

Ajoutons à cela la perception négative que certaines entreprises ont des hommes qui demandent le congé parental, et/ou la vision des parents de ces hommes dont le comportement est parfois regardé comme étant non conforme aux normes sociales, nous voyons que des freins culturels sont à l’œuvre pour expliquer l’échec du congé parental d’éducation pour le père.

 

Quelles pistes pour améliorer le recours des pères au congé parental ?

Si l’objectif de 25 % des pères en congé parental demeure une priorité dans le cadre d’une “égalité réelle entre les femmes et les hommes”, alors le congé parental d’éducation doit prendre une autre forme que celle que nous observons aujourd’hui.

Lors d’une conférence de presse, le Président Macron avait annoncé le 16 janvier 2024 un projet de remplacement de ce congé par un “congé de naissance” se rapprochant du modèle allemand évoqué plus haut, avec une indemnisation proportionnelle au salaire sur une durée plus courte. Ce projet initial, dont l’objectif prioritaire n’était plus le rééquilibrage des rôles parentaux mais la lutte contre la dénatalité, a finalement été abandonné face aux évolutions politiques du pays.

Un dispositif plus modeste a néanmoins vu le jour : le congé supplémentaire de naissance, entré en vigueur le 1er juillet 2026. Contrairement au projet initial, il ne remplace pas le congé parental mais s’y ajoute : chaque parent peut bénéficier d’1 à 2 mois de congé indemnisés à 70 % du salaire net le premier mois puis 60 % le second, dans la limite du plafond de la Sécurité sociale. C’est un droit individuel, non transférable entre parents, ce qui pourrait justement inciter davantage de pères à s’en saisir puisque son montant dépend du salaire et non d’un forfait.

Peut-être faut-il également regarder au-delà des Pyrénées pour entrevoir une solution qui permette de faire progresser l’égalité entre les genres. L’Espagne est devenue en janvier 2021 le premier pays au monde à mettre en place le même congé pour les mères et pour les pères, porté à 19 semaines depuis la réforme de 2025, intégralement rémunérées. Les études montrent qu’il s’agit bien d’un succès, car les hommes espagnols, autant que leurs compagnes, prennent massivement ce congé lors de la naissance d’un enfant et l’utilisent dans sa totalité.

Cela démontre qu’une approche audacieuse vers une parentalité égalitaire est possible et peut apporter les résultats escomptés.

Pour cela, il faut bien évidemment que soit clairement énoncé l’objectif de réduction des inégalités dans le couple lors de l’arrivée d’un enfant, tant en matière de conditions favorables dans le monde du travail que d’une plus juste répartition des tâches domestiques et éducatives au sein du foyer.

Séverine Burel

Notre conseil
Séverine Burel, conseillère en aides sociales
Pour un père qui hésite face au montant forfaitaire de la PreParE, il peut être plus avantageux de combiner les dispositifs dans le temps : prendre d’abord le congé de paternité, puis le nouveau congé supplémentaire de naissance (mieux rémunéré car proportionnel au salaire), avant d’envisager un congé parental à temps partiel plutôt qu’à taux plein. Cette séquence permet de limiter la perte de revenus tout en restant présent auprès de l’enfant durant sa première année.

 

Questions fréquentes sur le congé parental du père

Voici quelques questions complémentaires que se posent souvent les pères au moment d’envisager ce congé.

 

Le congé supplémentaire de naissance profite-t-il aux pères comme aux mères ?

Oui, chaque parent dispose d’un droit individuel et non transférable à ce congé, qu’il soit en couple ou parent isolé. Contrairement au congé parental, son indemnisation est proportionnelle au salaire (70 % puis 60 % net), ce qui pourrait davantage inciter les pères à s’en saisir.

 

Un père peut-il enchaîner congé de paternité et congé parental ?

Oui, rien n’empêche un père de prendre son congé de paternité de 25 jours puis, sous condition d’ancienneté, de poser un congé parental d’éducation ensuite. Les deux congés se succèdent dans le temps, mais ne sont jamais versés simultanément par la Caf.

 

Un père travailleur indépendant a-t-il droit au congé parental ?

Oui, les travailleurs indépendants peuvent bénéficier d’une cessation d’activité assimilée au congé parental et percevoir la PreParE, sous les mêmes conditions de trimestres cotisés que les salariés. La demande s’effectue directement auprès de la Caf ou de la MSA.

 

Le congé parental du père a-t-il un impact sur sa future retraite ?

Oui. Le père en congé parental d’éducation bénéficie d’une majoration de durée d’assurance égale à la durée effective de son congé, et la Caf cotise automatiquement pour lui via l’AVPF s’il perçoit la PreParE. Ces trimestres apparaissent ensuite sur son relevé de carrière.

🏛️Sources officielles et références

    • Legifrance – Décret n° 2014-1708 du 30 décembre 2014 relatif à la Prestation partagée d’éducation de l’enfant : consulter le texte
    • Service-public.gouv.fr – Congé parental d’éducation : conditions et démarches pour les salariés du secteur privé : consulter la fiche
    • Caf.fr – Congé supplémentaire de naissance : présentation officielle du dispositif entré en vigueur en juillet 2026 : consulter l’actualité Caf
    • Ined – Étude sur le recours au congé de paternité (Population & Sociétés, 2026) : consulter l’étude
    • Insee – Répartition des tâches parentales et domestiques pendant le confinement de 2020 : consulter la publication
    • France Stratégie / HCFEA – Impact de la PreParE sur le congé parental des pères : consulter le rapport


Crédit photo : © WavebreakMediaMicro / Adobe


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